« Au mieux, c’est une compassion gravement faussée qui suggère le meurtre comme solution à la dure réalité de la mort, ou encore pire, comme le remède à la dure réalité de la vie. » (Don Hutchinson, EFC)

Euphémisme et langage trompeur

Le Québec cherche à légaliser l’euthanasie au moyen du projet de loi 52, qui a été présenté à l’Assemblée nationale en juin 2013 et devrait faire l’objet d’un débat et d’un vote à la session d’automne. Le projet de loi 52 utilise l’expression « aide médicale à mourir » au lieu du mot « euthanasie » : cette tactique vise à faire mieux paraître l’intention délibérée du gouvernement du Québec de légaliser l’euthanasie, pratique interdite au palier fédéral. Le projet de loi 52 porte sur l’euthanasie, et l’expression « aide médicale à mourir » n’atténue en rien le fait que s’il est adopté, le projet de loi 52 permettra réellement aux médecins de tuer leurs patients.

L’expression « aide médicale à mourir » vise à faire de l’euthanasie une « question de santé » et donc une affaire provinciale, contournant ainsi l’interdiction de l’euthanasie et du suicide assisté par un médecin, contenue dans le Code criminel du Canada, qui est de compétence fédérale. 

Un langage trompeur est une injustice envers le public, à qui on doit tout au moins l’honnêteté sur ce qui est en jeu. Le gouvernement du Québec s’est engagé dans une démarche de manipulation du sens des mots.

Quebec-elderly350x233500pxMême s’il admet que son projet de loi s’inspire du modèle de la Belgique, le Québec, contrairement à la Belgique, veut éviter l’emploi du terme « euthanasie ».

Lorsque les médecins en soins palliatifs menacent de démissionner à cause du projet de loi 52, cela porte fortement à croire que l’« aide médicale à mourir », c’est de l’euthanasie et NON des soins palliatifs.

Au Québec, le Collectif de médecins du Refus Médical de l’euthanasie a été formé et compte plus de 500 médecins qui ont signé la déclaration demandant au Québec d’empêcher le projet de loi 52 d’entrer en vigueur, peut-être dès cet automne.

L’« AIDE MÉDICALE À MOURIR », ce n’est pas des soins de santé

L’« aide médicale à mourir » a l’air d’une bonne option, à laquelle tous les patients devraient avoir droit. La question est de savoir si c’est un service que le patient va demander ou un service qui sera administré au patient « pour son bien », peu importe s’il donne son consentement ou même s’il en a connaissance. Autrement dit, combien de temps faudra-t-il avant que l’« aide médicale à mourir » cesse d’être donnée sur demande pour être prescrite aux gens malgré eux? 

L’expression « aide médicale à mourir » rendra plus difficile de protéger la liberté de conscience des médecins et des autres professionnels des soins de santé qui devront refuser cette « aide médicale » s’ils s’opposent à ce qu’on enlève la vie à leurs patients. Les médecins qui ne sont pas prêts à accorder ce nouveau « droit » aux patients pourraient être sévèrement critiqués et subir des mesures disciplinaires, parce qu’après tout, c’est un défaut de fournir des « soins médicaux ».

Tel qu’il est, le projet de loi 52 obligerait tout médecin qui refuse d’offrir cette « aide médicale » à informer son supérieur de la demande du patient, pour qu’un médecin consentant puisse être trouvé. 

RÉPONSE DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL : « L’euthanasie est contraire à la loi »

Le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, a répondu dans une déclaration communiquée à la presse : « Les lois qui interdisent l’euthanasie et le suicide assisté existent pour protéger tous les Canadiens et Canadiennes, y compris ceux et celles qui peuvent être les plus vulnérables, comme les personnes malades ou âgées et les personnes handicapées. »

La Cour suprême du Canada a confirmé la constitutionnalité de la loi actuelle contre le suicide assisté, dans l’affaire de Sue Rodriguez en 1993, et le Parlement, il y a trois ans, a voté pour ne pas changer la loi.

Une question importante se pose maintenant : le gouvernement fédéral défendra-t-il les personnes vulnérables, ou apaisera-t-il le Québec?

C’est une question fédérale, car le projet de loi 52 contrevient à une loi fédérale. Les députés fédéraux doivent réagir de façon appropriée. Ce que le Code criminel définit comme un meurtre (par exemple quand les médecins tuent leurs patients) est en dehors des compétences provinciales, et c’est l’affaire du gouvernement fédéral de faire respecter le Code criminel.

Contrairement à la loi sur l’avortement, qui a été abolie en 1988, la loi sur l’euthanasie qui est dans le Code criminel n’a pas été abolie. L’euthanasie est actuellement illégale. Le Québec empiète sur la compétence du gouvernement fédéral en matière de droit criminel.

LES PROMESSES DE PROTECTION DU QUÉBEC ET LE MODÈLE BELGE

La ministre québécoise a donné des garanties sur la sécurité du public qui ne sont pas crédibles. Le projet de loi du Québec suit le modèle de la Belgique sur l’euthanasie. Le modèle belge, en place depuis 10 ans, a déjà montré qu’il est dangereux et s'avère un échec. Les études du Journal de l’Association médicale canadienne (juin 2010) ont indiqué que la loi est violée à grande échelle. Près du tiers des décès par euthanasie ont été exécutés illégalement sans le consentement du patient, et la moitié des infirmières qui ont administré l’euthanasie l’ont fait sans la connaissance et le consentement du patient.

Les chercheurs ont constaté qu’un cinquième des infirmières ont admis avoir participé au suicide assisté d’un patient. Mais près de la moitié d’entre elles (120 sur 248) ont également affirmé qu’il n'y avait pas eu de consentement.

« Les infirmières qui ont participé à notre étude ont outrepassé les limites légales de leur profession », ont affirmé les auteurs du rapport dans le Journal de l’Association médicale canadienne.

« Il est probable que beaucoup d’infirmières ont minimisé leur participation par crainte d’admettre une activité illégale », a affirmé l’étude.


PAS ENCORE MORTS

pallcare-quebec350x233500pxDe plus en plus, l’euthanasie est pratiquée envers ceux qui ne sont pas mourants : les nouveau-nés ayant des incapacités, les gens déprimés, ceux qui ont une affection chronique. Si le meurtre est une solution à la souffrance humaine, la souffrance étant une notion élastique, il est commode de trouver de plus en plus de candidats, avec ou sans leur consentement.

Les recommandations en faveur de l’euthanasie de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale du Québec sur la question de mourir dans la dignité étaient radicalement en faveur de l’autonomie totale du patient dans le choix de l’euthanasie, quel que soit son état physique ou mental.

Le principe directeur de ce rapport est l’autonomie personnelle radicale. Le patient décide si sa vie vaut la peine d’être vécue… ou pas. Comme le rapport le dit fièrement, il fait partie de l’« évolution des valeurs sociales » progressistes QU’ON PUISSE SE FAIRE TUER PAR UN MÉDECIN SI ON LE DÉSIRE. Une autre façon de dire est L’EUTHANASIE SUR DEMANDE, considérée comme un droit de la personne et exigée de la profession médicale.

LA RÉPONSE : PLUS DE SOINS PALLIATIFS

Les médecins, notamment en soins palliatifs, ont les moyens requis pour s’occuper efficacement des douleurs et souffrances de leurs patients.

Seulement 16 % à 30 % des Canadiens mourants (de 10 % à 20 % au Québec) ont actuellement accès à des services de soins palliatifs et de fin de vie ou les reçoivent, [i] alors que 90 % des Canadiens mourants peuvent bénéficier de soins palliatifs. [ii]

Même si le Canada se classe au neuvième rang selon un indice international de la qualité de la mort, publié le 14 juillet 2010, nous sommes toujours incapables de fournir des services valables de soins palliatifs à plus de 70 % des gens qui meurent au Canada. [iii]

Le Dr Gerald Van Gurp, un médecin de famille de Montréal qui se spécialise dans les soins palliatifs à domicile aux patients malades en phase terminale, affirme qu’en 30 ans de pratique des soins palliatifs, il a rarement rencontré des cas où la douleur d’un patient ne pouvait pas être soulagée. [iv]

« Une fois que la douleur est soulagée, une fois qu’on a une relation encourageante, quand on a des infirmières et des médecins qui viennent [à domicile], on ne veut plus avoir l’injection mortelle. »

Étant donné qu’il y a si peu de malades en phase terminale qui reçoivent le genre de soins qu’il offre, affirme le Dr Van Gurp, « il y a beaucoup de gens qui souffrent, qui ont des douleurs, mais la solution n’est pas d’introduire l’euthanasie; c’est d’introduire des soins palliatifs de haute qualité. Ça ne coûte pas cher. Ce n’est pas de la haute technologie. Mais ça prend des médecins et des infirmières attentifs. »

S’il y a déjà pénurie d’options de soins palliatifs au Québec et dans le reste du Canada, l’euthanasie n’aura pour effet que de dissuader d’en offrir plus. Il sera toujours plus facile et plus économique de tuer les patients que de prendre bien soin d’eux.



[i] Association canadienne des soins palliatifs, Feuille de données, mai 2012. Voir le texte intégral du rapport à : http://acsp.net/media/34509/feuille_de_donnees_les_soins_palliatifs_au_canada_mai_2012.pdf

[ii] Carstairs, l’hon. Sharon. Monter la barre : Plan d’action pour de meilleurs soins palliatifs au Canada. Juin 2010. http://www.vivredignite.com/docs/rapport_senat.pdf

[iii] http://www.lifebeforedeath.com/qualityofdeath/index.shtml

[iv] Les médecins anti-euthanasie s’opposent au projet de loi du Québec sur le suicide assisté

http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/story/2013/06/12/quebec-medically-assisted-death-suicide-euthanasia-palliative-doctors-reaction.html